Abufène et prise de poids : quel lien réel ?

Article mis à jour le 2 septembre 2026.

Vous avez commencé un traitement par Abufène pour vos bouffées de chaleur et, en parallèle, vous voyez la balance bouger ? Cette situation inquiète beaucoup de femmes. Le premier réflexe est de pointer le nouveau comprimé. Mais l’Abufène est-il vraiment en cause, ou le timing de la ménopause crée-t-il une fausse piste ? Voici ce que disent les notices officielles, et ce qu’elles ne disent pas.

L’essentiel en 30 secondes

La prise de poids n’est pas un effet indésirable listé d’Abufène. Le vrai changement, c’est souvent celui de la ménopause, pas le comprimé.

📋
Notice officielle Le RCP ne mentionne pas la prise de poids. Les effets listés sont surtout des fourmillements très rares, des démangeaisons très rares, et une réaction allergique grave à fréquence indéterminée.
🧬
Pas une hormone Abufène contient de la bêta-alanine, un acide aminé. Le texte officiel dit qu’elle agirait sur la vasodilatation (le flush des bouffées), sans action hormonale sur le stockage des graisses.
⚖️
Le timing de la ménopause On commence souvent Abufène au moment où la silhouette change (plus de graisse abdominale, moins de muscle). La corrélation n’est pas une preuve de causalité.
🏃
Ce qui aide vraiment Alimentation, protéines, activité (cardio et muscle) et sommeil. Arrêter Abufène « pour maigrir » n’est pas une stratégie étayée par la notice.

L’Abufène fait-il vraiment grossir ? Ce que dit la notice

D’un point de vue réglementaire, rien dans le dossier officiel ne permet d’affirmer qu’Abufène provoque une prise de poids. L’idée circule beaucoup, surtout sur les forums. Les documents des agences de santé, eux, ne la retiennent pas.

Dans le résumé des caractéristiques du produit publié par l’ANSM (mis à jour le 6 février 2025), la prise de poids n’apparaît nulle part parmi les effets indésirables. Vidal non plus ne la liste pas. Ce qui est listé :

  • très rare : fourmillements passagers (paresthésies), le plus souvent aux extrémités des bras et des jambes ;
  • très rare : éruption cutanée, prurit (démangeaisons), qui imposent d’arrêter le traitement ;
  • fréquence indéterminée : réaction anaphylactique (réaction allergique grave).

Ce n’est donc pas « les seuls effets rares sont des fourmillements ». C’est plus précis, et un cran plus rare (très rare = moins d’un cas sur 10 000 pour les fourmillements et la peau). La réaction allergique grave, elle, n’a pas de fréquence estimable à partir des données disponibles. Si le visage, les lèvres ou la gorge gonflent, ou si la respiration devient difficile, c’est une urgence médicale, pas un détail de forum.

Vous avez peut-être lu un chiffre de « 17 % de femmes » qui prendraient du poids sous Abufène. Ce pourcentage n’est dans aucun RCP consulté, ni dans Vidal. Tant qu’aucune étude clinique n’est produite, il reste une rumeur non sourcée.

Un autre point, souvent oublié : Abufène est toujours indiqué dans les bouffées de chaleur et se vend sans ordonnance. En 2011, la HAS a toutefois jugé son service médical rendu insuffisant. Les données alors disponibles ne permettaient pas de le distinguer d’un placebo, et la Commission de la transparence lui a refusé une place dans la stratégie thérapeutique. Vidal parle d’ailleurs d’une substance qui « soulagerait » certains troubles, au conditionnel. Autrement dit : ce n’est pas un traitement hormonal, et ce n’est pas non plus un médicament dont l’efficacité est tenue pour démontrée au même titre qu’un traitement de référence.

Bêta-alanine et hormones : deux logiques différentes

Pour comprendre pourquoi on met Abufène hors de cause sur le poids, il faut regarder ce qu’il contient. La substance active est la bêta-alanine, un acide aminé, pas une hormone. Ça change le type d’action attendu, même si le mécanisme reste formulé avec prudence dans le RCP.

Le rôle de la bêta-alanine : le flush, pas les graisses

Le texte officiel dit que la bêta-alanine, acide aminé pur, agirait sur les phénomènes de vasodilatation périphérique, comme inhibiteur non hormonal des bouffées de chaleur. En clair : lors d’une bouffée, les vaisseaux de la peau se dilatent, d’où chaleur et rougeurs. On suppose que la molécule calme cette réaction vasculaire.

C’est une action locale sur le « flush », pas une commande du stockage des graisses. L’image du thermostat cutané reste une analogie. Elle n’est pas une preuve que le métabolisme est intact, seulement que le dossier du médicament ne décrit aucune action endocrinienne sur le poids.

La différence avec un traitement hormonal de la ménopause (THM)

La confusion vient souvent d’un amalgame avec le traitement hormonal de la ménopause (THM, encore appelé THS par beaucoup de patientes). Le THM apporte des estrogènes (et un progestatif si l’utérus est en place). Ce n’est pas le même produit qu’un comprimé de bêta-alanine.

En revanche, il est inexact de dire que le THM « fait grossir » ou « provoque de la rétention d’eau » comme un fait établi. L’Assurance Maladie indique que, à dose minimale et durée limitée, le THM ne génère pas de gain de poids, ni à l’initiation ni à l’arrêt. La graisse qui migre vers le ventre, elle, est surtout un effet de la ménopause, pas un effet listé d’Abufène.

Caractéristique Abufène (bêta-alanine) Traitement hormonal de la ménopause (THM)
Molécule Acide aminé (bêta-alanine 400 mg) Hormones (estrogènes, progestatif si utérus en place)
Mécanisme Agirait sur la vasodilatation périphérique (flush cutané), sans action hormonale Compense la carence hormonale, agit sur les symptômes climatériques
Poids Prise de poids non listée dans le RCP. N’agit pas comme une hormone sur les graisses. Pas de gain de poids démontré à dose minimale et durée limitée (Assurance Maladie).

Le vrai changement de poids : le tournant de la ménopause

Si Abufène est innocent sur le papier, pourquoi tant de femmes sont-elles convaincues du contraire ? Souvent, le comprimé arrive pile au moment où le corps change. On confond alors corrélation et cause.

Quand le calendrier crée la confusion

Si vous commencez Abufène et que vous prenez 2 kilos le même mois, le raccourci « c’est le médicament » est naturel. C’est un biais de confirmation : on retient ce qui colle à l’hypothèse.

La prescription (ou l’achat sans ordonnance) intervient quand les bouffées deviennent gênantes, donc quand les effets de la ménopause s’installent. La variation de poids fait partie de ce tableau, pas d’un effet listé du comprimé. Les deux phénomènes ont souvent la même toile de fond : l’installation de la ménopause.

Chute des estrogènes : silhouette, muscle, graisse

La ménopause n’est pas qu’un arrêt des règles. La chute des estrogènes s’accompagne, pour beaucoup de femmes, d’une modification de la composition corporelle : plus de tissu graisseux, moins de muscle, silhouette qui change même si le poids bouge peu. La graisse quitte plutôt le haut du corps et les cuisses pour se loger sur l’abdomen.

Ordre de grandeur souvent retenu : entre 42 et 50 ans, une prise de poids moyenne autour de 0,8 kg par an, et davantage (vers 1,5 kg) pour une minorité de femmes. Les causes habituelles sont la chute des estrogènes, une baisse d’activité et de dépense d’énergie, et parfois de nouvelles habitudes alimentaires alors que les besoins caloriques diminuent. Ce n’est pas « le métabolisme de base qui s’éteint d’un coup ».

  • Moins de muscle, plus de graisse : les estrogènes aident à préserver la masse musculaire. Moins de muscle, c’est une dépense d’énergie plus basse au repos.
  • Répartition androïde : la graisse tend à migrer vers le ventre, d’où une sensation de « gonflement » même pour quelques centaines de grammes (zone souvent visée quand on cherche à perdre la graisse abdominale).
  • Pas une fatalité : le Collège national des gynécologues (CNGOF) rappelle que la ménopause n’entraîne pas forcément une prise de poids si l’alimentation reste équilibrée et l’activité maintenue. Des pistes concrètes existent aussi du côté des remèdes de grand-mère pour maigrir à la ménopause, à condition de ne pas en faire un substitut au suivi médical.

Femme préparant des légumes frais, pilulier discret et verre d'eau sur plan

Adapter l’hygiène de vie, plutôt que « contrer » Abufène

Si le problème n’est pas le comprimé mais le contexte physiologique, arrêter Abufène « pour maigrir » n’a pas de base dans la notice. Si les bouffées persistent, s’aggravent ou si de nouveaux troubles apparaissent, le RCP demande de réévaluer la conduite à tenir avec un professionnel. C’est autre chose qu’un régime improvisé.

Le cas de Sophie, 52 ans : une lecture possible

Prenons Sophie, 52 ans (exemple pédagogique, pas un cas clinique publié). Depuis trois mois, elle prend de l’Abufène pour des bouffées nocturnes intenses. Elle a pris 3 kilos et se sent gonflée au ventre. Persuadée que le lien Abufène et prise de poids est réel, elle arrête. Un mois plus tard, les bouffées sont revenues, et elle a encore pris 500 grammes.

Son médecin lui explique le changement de composition corporelle lié à la ménopause. Il lui propose de reprendre Abufène si elle le tolère et si ça l’aide à dormir, et de travailler deux leviers : renforcement musculaire deux fois par semaine, et davantage de protéines (poisson, lentilles, œufs) pour le muscle. Trois mois plus tard, le poids s’est stabilisé, le ventre est moins « gonflé », et les nuits sont plus calmes. Ce récit illustre un raisonnement, il ne prouve pas l’efficacité d’Abufène à lui seul (la HAS a d’ailleurs souligné la faiblesse des données versus placebo).

Pistes concrètes (pour le corps, pas contre le comprimé)

Quelques appuis utiles pendant la ménopause :

  • Nutrition : des protéines à chaque repas pour le muscle et la satiété, plus de fibres (légumes, légumineuses, grains entiers). Les besoins caloriques baissent souvent : on peut recaler ses apports avec un ordre de grandeur des calories par jour pour maigrir chez la femme, sans tomber dans la restriction extrême.
  • Activité : du cardio (marche rapide, vélo, natation) pour le cœur et la dépense, plus du renforcement (poids, élastiques, yoga) pour le muscle. Le volume d’activité physique par jour pour maigrir se discute avec un professionnel si on a des douleurs ou un suivi particulier. Le métabolisme de base dépend aussi de la masse musculaire, pas seulement de l’âge.
  • Sommeil et stress : les nuits hachées par les bouffées fatiguent, et la fatigue pousse souvent à grignoter. Le cortisol est parfois invoqué pour expliquer la graisse abdominale ; c’est une piste discutée, pas une loi inscrite dans les notices. Dormir mieux reste un levier concret, cortisol ou pas.

En résumé : les notices n’incriminent pas Abufène sur le poids. L’association Abufène et prise de poids ressemble surtout à une coïncidence de calendrier. La prise de kilos à la ménopause est fréquente, liée aux changements hormonaux, musculaires et de mode de vie, mais elle n’est pas une condamnation. Mieux vaut déplacer l’énergie du soupçon vers des gestes concrets, et en parler au médecin ou au pharmacien, surtout si les bouffées ne cèdent pas ou si un effet cutané ou allergique apparaît.


Questions fréquentes

Est-ce que l’Abufène peut provoquer de la rétention d’eau ?

Non, la rétention d’eau n’est pas un effet indésirable listé d’Abufène (bêta-alanine). Le ventre plus « gonflé » à la ménopause s’explique plus souvent par la graisse qui se déplace vers l’abdomen. Le THM, à dose minimale et durée limitée, n’est pas présenté par l’Assurance Maladie comme un traitement qui fait prendre du poids.

Pourquoi ai-je l’impression d’avoir plus faim depuis que je prends Abufène ?

Le RCP ne décrit pas d’action sur l’appétit. L’augmentation de la faim peut tenir à la ménopause elle-même : sommeil cassé, fatigue, changements d’humeur, grignotage. Ce n’est pas une preuve que le comprimé ouvre l’appétit.

Si Abufène ne fait pas grossir, que choisir pour les bouffées sans risque pour le poids ?

Abufène est une option non hormonale, sans impact listé sur le poids. Son efficacité n’est pas tenue pour démontrée par la HAS (SMR insuffisant en 2011). Si les bouffées restent gênantes, d’autres pistes existent (THM s’il est indiqué, autres traitements non hormonaux, hypnose ou thérapies comportementales selon Ameli). Le bon choix se discute avec un professionnel, au cas par cas, bénéfices et risques compris.

Romain Lefèvre - Fondateur Korpology

Romain Lefèvre

Signature éditoriale — Korpology

Rédacteur en Chef • Passionné de Physiologie Pseudonyme éditorial

7 Années d'analyse 5000+ Heures de recherche 150+ Études analysées
Me contacter